Princesa est l’un des premiers livres en langue italienne de ce qu’on a appelé la « littérature migrante ». Ce livre raconte la vie de Fernanda Farìas de Albuquerque, une femme trans brésilienne. Écrit dans la prison de Rebibbia à Rome, où Farìas était détenue pour tentative de meurtre, le livre a été publié en 1994 par la maison d’édition Sensibili alle foglie fondée en 1990 par trois membres des Brigades Rouges, Renato Curcio, Stefano Petrelli et Nicola Valentino, afin de donner de la visibilité aux écritures de la marge nées dans des lieux d’enfermement comme les prisons et les hôpitaux psychiatriques. À côté de la signature de Farìas de Albuquerque, on trouve sur la couverture celle de Maurizio Iannelli qui a partagé avec Farìas la détention à Rebibbia et le travail d’écriture. Giovanni Tamponi, berger sarde et détenu lui aussi à Rebibbia, est à l’origine de leur rencontre et a joué un rôle décisif dans la mise en écriture. Ce livre est né du récit oral de Fernanda Farìas de Albuquerque mais aussi de son journal intime, de ses lettres et des notes que Tamponi et Iannelli l’avaient incitée à écrire. Les carnets de Farìas de Albuquerque ont ensuite été réunis par Iannelli dans un tapuscrit qui a constitué l’ébauche du texte publié en 1994 ; cette version initiale, « copia iniziale di lavoro », est pour la première fois entièrement consultable sur ce site. Après sa parution, le livre a inspiré de nouvelles créations dans différents domaines artistiques : le documentaire Princesa. Incontri irregolari (1994) réalisé par Carlo Conversi pour la série Storie Vere d’Anna Amendola, diffusée par la RAI en 1994 ; la chanson Prinçesa de Fabrizio De André, titre d’ouverture du dernier album, Anime Salve (1996), du chanteur-compositeur génois ; le documentaire Le strade di Princesa. Ritratto di una trans molto speciale (1997) de Stefano Consiglio ; enfin le film Princesa (2001) du réalisateur brésilien Henrique Goldman.
Vingt ans après l’édition princeps, le projet Princesa 20 est né en Italie du désir de proposer une édition annotée du livre qui tienne compte à la fois des écrits de Fernanda Farìas de Albuquerque et de Giovanni Tamponi et des créations qui ont suivi le livre. Dans le cadre nouveau des humanités numériques, la nécessité d’une édition en ligne s’est imposée, afin de permettre la reproduction anastatique des manuscrits et de montrer, dans un même espace, les relations entre les différentes formes d’écriture : narration autobiographique, documentaire et littéraire et narration en images et en chanson. À l’occasion de la publication de la traduction du livre par la maison d’édition Héliotropismes, le collectif de traductrices souhaitait proposer une version française du projet Princesa 20 afin de mettre à la disposition du public francophone le travail de recherche fait autour de ce texte.
Dans la section Livre, on peut faire défiler le livre en s’arrêtant sur les principaux points d’interférence, de continuité mais aussi de rupture entre ces différentes créations. Le signe indique l’interférence du livre avec les manuscrits de Farìas de Albuquerque et les différentes versions de la chanson de De André, le signe signale les points d’intersection avec la chanson Prinçesa et enfin le signe montre la relation entre le livre, les documentaires de Conversi et de Consiglio et le film de Goldman. Les notes au fil du texte montrent comment un chef-d’œuvre de la littérature, Diadorim, Grand Sertão Veredas de l’écrivain brésilien João Guimarães Rosa, a également joué un rôle fondamental dans la genèse du livre.
Les Archives proposent plusieurs sections :
– dans la section Farìas de Albuquerque on trouve une partie importante des manuscrits de Fernanda Farìas de Albuquerque (les premiers cahiers, la correspondance avec Tamponi et Iannelli, la transcription de quelques interviews avec les deux co-auteurs à Rebibbia, etc.), de Giovanni Tamponi (le premier cahier de Farìas retranscrit en italien standard et le glossaire), l’intégralité du tapuscrit que Maurizio Iannelli a tiré des écrits de Fernanda en respectant son interlangue inhabituelle (un mélange d’italien, de sarde et de portugais), la « copie initiale » du travail d’écriture.
– dans la section De André on trouve des manuscrits de Fabrizio de André qui donnent à voir le processus de création de la chanson qui ouvre l’album Anime salve.
– dans la section Conversi on trouve le documentaire Princesa incontri irregolari de Carlo Conversi, diffusé sur Rai Tre en 1994 pour la série « Storie vere ».
Dans Critica, on retrouve la rubrique Note d’édition qui recueille les deux essais en italien d’Ugo Fracassa et Anna Proto Pisani qui ont accompagné la création de ce site, et la section Rayon Princesa où sont accessibles des principales études consacrées à Princesa. Cette section reste ouverte pour accueillir la production critique sur Princesa.
L’ambition ultime du projet est de contribuer à la « canonisation », au sein de la culture italienne et désormais francophone, d’une œuvre née de l’oralité, à l’intersection de la question de la migration et du genre, en l’insérant dans un contexte de création et de communication qui ne soit pas circonscrit dans les limites de l’écrit.
Contacts
Ugo Fracassa (Université Roma Tre)
Anna Proto Pisani (Université d’Aix-Marseille)